La gestion de projets : de l’utopie à la réalité

L’idée de ce billet n’est pas de prouver que l’existence de la gestion de projets est inutile, mais simplement de démontrer que dans bien des situations, elle perd de son efficacité et devient vaine en raison de son management souvent trop rigoureux.

L’utopie

Au début des années 1960, les entreprises ont compris l’importance d’organiser et de diviser le travail en projets. La gestion de projets, comme on la connait aujourd’hui, voit alors le jour. Dans sa forme théorique, elle permet d’atteindre efficacement des objectifs tout en gérant bien les ressources, les délais, les risques, le budget, etc. Le chargé de projet devient alors le chef d’orchestre menant ses musiciens à l’atteinte d’un objectif précis.

D’ailleurs, la norme ISO 10006 définit le projet comme :

« un processus unique qui consiste en un ensemble d’activités coordonnées et maîtrisées, comportant des dates de début et de fin, entrepris dans le but d’atteindre un objectif conforme à des exigences spécifiques, incluant des contraintes de délais, de coûts et de ressources. »

La gestion de projets est fréquemment illustré par le schéma suivant :

Image

La réalité

La gestion de projets n’est pas toujours un gage de réussite. Si sur papier elle semble infaillible, en réalité, elle est souvent vouée à l’échec. Comme vu dans le cours de gestion de projets à l’Université de Sherbrooke, Gartner Group mentionne que :

  • Seulement 25 % des projets génèrent les bénéfices escomptés;
  • 66 % des projets dépassent le budget, sont en retard ou ne mettent pas en oeuvre les fonctionnalités prévues au départ.

Alors que Standish Group affirme que :

  •  84 % des projets échouent.

Si la gestion de projets était vue, il y a quelques décennies, comme une discipline qui allait changer le monde du travail, pourquoi échoue-t-elle plus souvent qu’autrement? Mon hypothèse la plus plausible est que la gestion de projets tue la créativité. Et sans créativité, le monde du travail est coupé de son innovation.

Il est indéniable : la pensée créative est indispensable au succès d’un projet. Devant des risques ou des obstacles, les acteurs d’un projet doivent être en mesure de réfléchir out of the box afin de trouver des solutions aux problèmes. Ils doivent faire preuve de créativité.

Par contre, les contraintes imposées par la gestion de projet trop rigide tuent cette créativité tant nécessaire : difficile d’apporter de nouvelles idées à un projet qui est suivi rigoureusement et dont les jalons clés ont déjà été identifiés. Mélanger les cartes alors qu’un projet est déjà en cours se résume souvent à engendrer plus de coûts. En effet, il n’y a pas pire cauchemar pour un chargé de projets que d’avoir à gérer des retards, des dépassements de coûts, des restructurations de projets, etc.

Ce manque de flexibilité dans les différents processus (le temps, les budgets, les approbations, etc.) rend difficile l’émergence de nouvelles idées.

Dans l’article How to Kill Creativity, publié en septembre 1998 dans le Harvard Business Review, l’auteur, Teresa M. Amabile, écrit :

« Creativity thrives when managers let people decide how to climb a mountain; they needn’t, however, let employees choose which one. »

Autrement dit, la gestion de projets devrait pouvoir rallier les acteurs principaux d’un projet vers l’atteinte d’un même objectif, mais en leur laissant le choix du chemin, en leur laissant l’opportunité d’être créatifs et, au besoin, de réajuster le tir.

Si la gestion de projet a mérité ces lettres de noblesse à travers le temps, il me semble évident que sa formule n’est plus adaptée à notre réalité d’aujourd’hui. De nos jours, nous travaillons presque tous contre la montre en repoussant les limites de la forme classique de la gestion de projet.

Si certains modèles plus agiles existent, il est naturel de se poser la question : à quel moment deviendront-ils obsolètes à leur tour?

4 commentaires sur “La gestion de projets : de l’utopie à la réalité

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  1. J’aime beaucoup ton article, car je trouve qu’il ouvre un débat intéressant. Même s’il m’arrive parfois d’encourager une « restructuration » d’un projet déjà en cours, il est vrai que cela peut occasionner beaucoup de frustrations et même un désalignement entre les différentes ressources. Les modèles agiles peuvent être des avenues intéressantes, mais encore… Peut-être que les entreprises gagneraient plus à offrir davantage de flexibilité à leurs employés dans l’exécution de leurs tâches au lieu de les confiner dans des gestions de projets sans fin. Tout un débat! 🙂

  2. Bien sûr que la créativité a besoin d’air et que les balises imposées par des systèmes de gestion de plus en plus sophistiqués peuvent être perçues par les créateurs comme des obstacles. Mais bon, le « créateur » qui abandonne sa liberté pour vendre son talent à un employeur corporatif doit aussi accepter de jouer le jeu du corporatisme (cela dit sans aucun cynisme). Cette transaction comporte certes des désagréments, mais aussi des avantages évidents. C’est un choix.

    Par exemple, de nombreux romanciers ont refusé de « vendre » leur plume à des commerçants d’images ou de contenus. Ils ont choisi la liberté et les plus talentueux ont fini par « mériter » d’écrire ce qu’ils veulent, quand ils veulent même si leur éditeur s’arrache les cheveux! Idem pour les musiciens, les acteurs.

    Par contre, le corporatisme devrait mieux, non pas comprendre mais plutôt sentir, quelles sont les conditions optimales dans lesquelles leurs créateurs sont susceptibles de donner ce qu’ils ont de meilleur. Même s’ils font partie de la machine, il serait peut-être plus sage de les en sortir de temps en temps. Pourquoi les assujettir aux contraintes des systèmes alors que la machine pourrait faire son bout de chemin!

    D’autre part, il est bien évident tous ces systèmes de gestion tirent leur origine d’une analyse et d’une compréhension fines des comportements normaux de tous les humains: on a tous besoin d’un minimum de balises, on a tous besoin d’un minimum de rapports humains autour d’un même enjeu, on a tous besoin de récompenses et comme les enfants et les ados, nous avons besoin d’un environnement cohérent (l’incohérence mène à l’insécurité et au manque de confiance en ce que nous sommes et ce que nous valons). À mon avis, c’est à cela que servent ces systèmes de gestion, à nous maintenir dans la cohérence. Le danger serait d’en devenir esclaves au détriment de notre liberté, source de créativité.

  3. Très intéressant! Les statistiques sont étonnantes! Je pense qu’effectivement la gestion de projet devrait faire preuve de plus de flexibilité, mais elle doit tout de même bien encadrer les processus pour arriver à des résultats… C’est un équilibre qui me semble difficile à atteindre. Tu soulèves une problématique importante. Bon article!

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